Le dieu nu (Robert Margerit)

Roman du français Robert Margerit (25/01/1910 – 27/06/1988), publié en 1951, recevant le prix Renaudot la même année.

 

 

 

Présentation:

A priori, ce pourrait être une imposture : Le Dieu nu de Margerit ne se dénude jamais ! En guise de la violente passion annoncée, le héros en est encore à rêver, au bout de la cinquantième page, d’une main gantée effleurée, et ce au terme de gentilles conversations de boudoir façon XIXe siècle. En réalité, le XIXe siècle auquel Margerit rend hommage serait plutôt celui de Baudelaire (souvent cité), à l’érotisme suggéré par la chaleur d’une nuque dévoilée ou le froissement d’une étoffe, de cet érotisme alimenté par la frustration et qui imprègne les objets comme les paysages.
Chez Margerit, tout est érotisme, ce qui rend plus acerbe encore sa dénonciation d’une société d’avant-guerre engoncée de façon tout à fait hypocrite dans sa morale de façade.

 

Ce que j’en pense:

Bruno est le narrateur de ce récit qui se déroule, si j’ai tout bien suivi, entre les deux guerres. L’amour est partout entre ces pages! Amour fraternel, parfois ambigu, amour passion, le tout servi avec un style plein de lyrisme qui donne à chaque effleurement, à chaque regard, une dimension érotique très prononcée. Bruno tombe amoureux d’une femme mariée, malheureuse en ménage, Jacqueline. Il fait d’abord sa connaissance par l’intermédiaire de sa sœur Marie-Thérèse qui va tour à tour lui en dire du bien et lui déconseiller de s’intéresser à elle, donnant à Jacqueline un goût d’interdit à transgresser, et c’est ce que va faire Bruno, usant de diverses stratégies pour parvenir à ses fins. Jacqueline et Bruno vont ainsi se chercher. Chaque caresse est une victoire, mais cet amour est aussi, et surtout, source de souffrance. Jacqueline est une épouse fidèle, même si cela doit la rendre malheureuse, et elle va résister à Bruno, ce qui va avoir l’effet pervers de l’attacher davantage à elle.

« Le bonheur, ce n’est pas être heureux; c’est de pouvoir souffrir par une créature dont le besoin vous fait sentir violemment que vous vivez. » ( p. 52)

Car Bruno est si épris de Jacqueline Beaufort, qu’il en devient jaloux de son beau-frère, le mari de Marie-Thérèse.

« Plein d’attentions pour elle, il était toujours à la portière afin de la lui tenir quand elle montait en voiture ou en descendait. Jacqueline le remerciait d’un gentil sourire. Se doutait-elle qu’il ne s’empressait ainsi que pour lorgner ses jambes? Je connaissais ses goûts. Ils seraient toujours déçus, je le pensais, car si Mme Beaufort eût été de ces femmes qui ne peuvent monter en auto sans exhiber leurs cuisses, je ne me fusse pas épris d’elle. Néanmoins ce guet sordide la salissait. J’étais injuste: personne n’est responsable de la façon dont on le désire, car ce sont les plus chastes qui font lever les appétits les plus pervers. » (p. 83-84)

Marie-Thérèse a plusieurs facettes. Elle est la sœur, bien sûr, mais représente aussi la figure maternelle pour Bruno. Elle est sa confidente, et parfois, elle peut passer également pour l’amante. Cette ambiguïté entre ces deux personnages m’a quelque fois un peu gênée, mais c’est une manière de comprendre Bruno, perdu dans sa relation avec Mme Beaufort.

Jacqueline et Bruno parviendront-ils à s’aimer,  à s’abandonner totalement l’un à l’autre? Vous n’avez plus qu’à lire ce roman pour le savoir! Je l’ai trouvé très beau à lire, en tout cas!

 

 

Édition présentée: Le Livre de Poche (1963).

 

 

 

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